Warlords
Réalisateur : Peter Chan
Cast : Jet Li, Andy Lau, Takeshi Kaneishiro, Xu Jing Lei
Origine : Hong Kong - Chine
Durée : 127 min
Année : 2007
Genre : Fresque épique
Le film de guerre est un des genres les plus utilisés dans le 7ème art. Nombreux sont les films que l’on pourrait citer en tant que chez d’œuvre, tel Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg où le réalisme cru faisait une apparition remarquée, La ligne rouge de Terrence Malick où la nature jouait un personnage à par entière, Le jour le plus long où le gigantisme de l’époque où encore Apocalypse Now de Francis Ford Coppola mythique….Bref, le genre est surexploité sur quasiment tous les fronts et aujourd’hui même, le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter (voir Eastwood d’ailleurs avec ces deux films ...).
Le film, basé sur le meurtre du général Ma Winyi durant la dynastie Qing (1644-1911) et aussi remake officieux de Blood Brother de Chang Cheh (1973), raconte les aventures de trois hommes dont deux d’entre eux sont amoureux de la même femme. L’un de ces frères d’armes est un général déserteur qui a perdu tous ses hommes lors d’une bataille. Etant accueilli par un village où de fiers combattants bataillent durs pour nourrir leurs famille, le général (Jet Li : photo 1) propose au chef au village (Andy Lau photo 2 : Infernal Affairs, ect) et à son mentor (Takeshi Kaneishiro en photo 3 : Perhaps Love, Onimusha 3) d’offrir leurs services à l’armée au lieu d’agir comme de simples bandits. Avant de partir, ces trois hommes font chacun un sacrifice afin de les unifier par les liens du sang et ainsi devenir frères d’armes ! Puis les voilà parti combattre l’ennemi à travers des batailles violentes et essayer de reprendre quelques villes par la même occasion. Mais au cours de leur périple, ces frères d’armes vont petit à petit connaître quelques problèmes de cœurs avec la magnifique Lian (Xu Jinglei en photo 4 : Confession of Pain) et quelques désaccords importants sur la guerre et ses conséquences.
Le film se pose donc avec un pitch assez ordinaire au background historique intéressant. Les rois et autres souverains y côtoient les généraux, les limites sociales sont énormes et voir les généraux discuter dans leurs palais (photo 5) et prendre des décisions de façon inconsciente alors que des milliers de pauvres soldats meurent par milliers sur les champs de batailles restent un vrai calvaire pour les spectateurs que nous sommes. Puis, ici, tout parait réelle avec ces costumes magnifiques, cette poussière omniprésente, ces villes fortifiés et ces villages au milieu des falaises (photo 6, avec une charmante compagnie)…. Bref, le background finement posé, il fallait maintenant mettre le tout en scène, entre batailles gigantesques et séquences plus intimistes entres nos héros.
Peter Chan fait un choix crucial pour son film : pas de câble, pas de multiplication numérique des troupes à la LotR, pas de fantaisie lors des joutes entre peuple rival ! Warlords est réaliste dans sa mise en scène, dans ses combats et dans ces personnages. Le faible nombre de batailles ne plaira pas à tous, mais elles ont au moins le mérite d’être superbes et non superficiels ! On se rapproche d’un Gladiator pour la violence sèche des coups et d’un Musa pour la mise en avant des capacités martiales de quelques guerriers tel que Jet Li, ici génial en tout circonstance. Son premier combat reste un modèle d’ingéniosité (photo 7), ce dernier avançant stratégiquement vers son ennemi qui essaye de le viser à la carabine. Mais il n’y a aucun doute possible, ce n’est qu’une introduction face à la bataille géante qui à lieu au milieu du long métrage, et ce n’est pas pour nous déplaire. Des centaines voir des milliers de figurants (photo 8), des chevauchées fantastiques, des chocs inéluctables, des membres qui volent après les coups d’épées, des corps déchiquetés par les flèches, du sang qui coulent par litres (photo 9), des cris par centaines, des visages torturés par la douleur et l’horreur de la guerre, le tout mise en image par des plans souvent magnifiques et une image au grain finement poussiéreux. Puis quand Jet Li décide d’aller lui-même au combat, on a le droit à un morceau de bravoure d’anthologie où sa fureur perce l’écran (photo 10) !Peter Chan a la super idée d’iconisé ses frères d’arme lors de la bataille et de les mettre en avant au milieu de toutes cette pagailles ! Voir Andy Lau crier de toute sa rage sur son cheval où Kaneishiro tenir la tête coupée d’un général où milieu de la foule fait froid dans le dos. Voir les visages tuméfiés par les coups, la douleur et leur rage valorise en tout point l’immersion dans la bataille. Une quinzaine de minutes plus tard, on sort ébouriffé de cette bataille qui égale sans peine les meilleurs vues jusqu’ici. Le découpage aurait pu être un poil plus lent et moins tendance, d’où une certaine confusion (peut être voulu par le réalisateur) mais cela se révèle peu contraignant en fin de compte. Génial morceau de bravoure messieurs dames !
Mais la guerre n’est pas faîte que de bataille mais aussi de longues attentes dans les tranchés (photo 11), les soldats entendant les cris de leurs compagnons entrain d’agonir sur le champ de bataille ! Ils attendent des mois durant que cette guerre s’arrête en étant sous alimenter, dans le froid et presque dans la misère. D’ailleurs certains passages me rappellent la fabuleuse série américaine Band of Brother où ce genre de traumatisme ne nous était pas épargné. Le film, au delà de la grosse bataille du milieu du film, prend le temps de nous montrer l’envers des décors en s’attardant sur ces âmes en peine, ces âmes fatigués par tant d’attente et qui ont hâte de revoir leurs femmes et enfants. Peter Chan ne se concentre pas que sur le camp de nos frères d’armes et l’ennemi se verra aussi humanisé derrière ses protections en béton dans les villes fortifiées. Bref, Peter Chan film la guerre de prêt comme de loin et veut montrer le courage mais aussi les désillusions que cette dernière engendre : tout n’est qu’un éternel recommencement… Mais le film ne se concentre pas uniquement sur ces scènes d’actions et cette guerre douloureuse mais aussi sur l’évolution du quatuor principal. Ces trois frères d’armes sont tous passionnants, et leurs caractères antagonistes sont retranscrits avec justesse, la femme lié à ces trois hommes étant au milieu de ce cercle qui va petit à petit tomber dans des tourments irréversibles. Le début du film ne prête pourtant pas à croire que chacun d’eux vont connaître des avis contradictoires, et l’histoire va connaître des rebondissements donnant aux films des allures beaucoup plus dramatiques. On découvre un Jet Li magistral dans son rôle de général direct, froid mais surtout cruel : la guerre et le sang sont étroitement liés et toutes les menaces doivent périr coûte que coûte, tout comme les déserteurs et autres soldats profitant de la guerre à leurs fins personnels ! Andy Lau joue la force sage, l’idéaliste, le chef du village qui se souci de son peuple, mais aussi des vies qu’il peut sauver. Méconnaissable au début du film avec sa barbe des 40 jours, il joue un fier et valeureux soldat avant tout, Andy Lau assurant toujours autant dans son rôle, sa maturité d’acteur étant atteinte depuis bien longtemps (photo 12). Kaneishiro, l’homme d’honneur de la troupe, reste dans l’ombre des deux premiers cités, car étant le plus jeune et ayant le moins d’expérience. Ce dernier défend la même cause que ces deux chefs et ne pouvant que soutenir l’un et l’autre dans leurs démarches … Puis il reste le rôle féminin de l’histoire, interprété par la jolie Xu Jinglei qui assure dans son rôle de femme vouant un amour secret au détriment de celui qui l’aime. Peter Chan nous dresse un portrait convaincant d’une femme tombant malencontreusement amoureuse : une rencontre sur une vallée, des regards qui se croisent, une confiance qui naît…et un secret qui doit être gardé d’où des conséquences que l’on imagine pas très heureuse !
Warlords est donc une énorme réussite de Peter Chan sur presque tous les fronts (longueurs minimes tout de même), et il devient à l’occasion le fier représentant des films de guerre Hk dans le monde pour ma part. Au-delà des scènes d’actions, c’est surtout le traumatisme de la guerre qui en ressort ! Si peu de films ont le mérite de réussir à nous faire vivre une histoire aussi forte et poignante que l’on ne peut bouder son enthousiasme. D’ailleurs, ne vous y tromper pas, le film sort dans les salles obscures en France sous le nom « Les seigneurs de la guerre » en Aout (source allociné) et je vous en souhaite d’avance un bon visionnage … Ah ces trois frères (photo 13)…
Note : 9/10