Ryuhei Kitamura : génie ou escroc ?

Publié le par Laurent

Génie ? Peut être.

Ces premiers courts métrages comme les deux Nervous en 1999 où encore Down to Hell en 1996 annoncent un cinéaste différent, bourré d’idée et avec un style déjà bien spécifique. Le succès retentira assez rapidement d’ailleurs avec un premier long métrage fauché mais qui a fait le tour du monde par l’intermédiaire de nombreux festivals : son titre, vous le connaissez certainement tous : Versus, l’Ultime Guerrier. Un nom qui sonne comme une série Z, presque parodique mais qui aujourd’hui est connu de tous. Un Ultime Guerrier de la mort qui tue les mouches, ouhhh, ça fait flipper. Pourquoi un tel succès ? Bah euh…

Certains se posent encore la question d’ailleurs ! Aucun scénario, des comédiens qui sur jouent, un seul décor composé d’arbres et de feuilles par milliers, des personnages semblant complètement à côté de la plaque et surtout un film sentant bon la frime permanente. Puis bon, c’est con comme film, c’est parfois long puis ça fait mal à la tête.

 

D’autres sont tout de suite plus enthousiaste, comme moi d’ailleurs : une recette totalement décomplexée : du kung fu, du chambara camouflé, du gun, des zombies, des démons et des pouvoirs ancestraux se mélangent dans un bordel enthousiasmant. Puis le talent de Kitamura explose en  pleine face grâce à une mise en scène hallucinante à mes yeux, ce dernier ayant une facilité déconcertante à rendre impressionnant toute forme d’action dans un contexte pourtant peu propice (un peu comme les Evil Dead de Sam Raimi à l’époque). Budget ridicule, décors unique, comédiens débutants et totalement inexpérimentés, scénario qui tient sur un mini post-it…le système D parait il ? N’empêche, Kitamura va jusqu’au bout et nous sort un film ultra fun, bourré d’action et de personnages poseurs comme pas possible : même Donnie Yen est une fiote à côté de ce jolie monde ! Le travail sur le montage et le son renforce de façon exponentielle les images (Kitamura voulait un son encore plus tonitruant que dans Matrix : pari réussi) et les comédiens (Tak Sakaguchi par exemple, quel drôle de gugusse ce type) s’amusent comme des petits fous et nous le font bien communiquer. Versus, l’Ultime guerrier est démesuré, parfois bizarre mais tellement assumé, divertissant et drôle que l’imperfection quasi permanente du film n’en est même plus un défaut apparent.
Mais la suite est moins tonitruante, Kitamura enchaîne les films aux budgets forcément plus conséquents mais assez décevant pour la plupart. Alors, dans le désordre, Kitamura nous invente le somnifère filmique par excellence qui se révèle être au final une des pires bouses prétentieuses que le monde du cinéma nous a sorti : j’ai nommé Alive. 2 h de vide intersidéral, fallait le chier : Kitamura l’a démoulé. Juste avant, on a eu aussi le droit à Aragami, un long métrage sympathique faisant parti du projet DUEL. Tout part d’un pari avec Tsutsumi Yukihiko (futur réalisateur de 20th Century Boys : futur grand mastodonte japonais qui fera certainement parler de lui en temps voulu) : réaliser un film avec un seul décor pendant une durée bien définie, trois comédiens maxi et un mort mini avant la fin. A côté d’un 2LDK réalisé par Yukihiko (toujours pas vu pour ma part) ; Ryuhei Kitamura nous pond Aragami, film se laissant suivre, notamment grâce à ces comédiens posés, une ambiance recherché et bien sûr un duel final sympathique. Sympa, mais pas top non plus.

 

Mais un film va raviver la flamme chez certains d’entre nous en 2003: Azumi, un chambara moderne assez captivant. Doté d’une « actrice » mimi comme tout (starlette dans son pays : Aya Ueto), Kitamura signe une épopée réussie, assez violente et dotée d’images renversantes. Comment ne pas s’émouvoir lorsque que le bad guy souriant à tout va tue à petit feu un jeune guerrier dans un champ de blé sous un ciel au couleurs magiques ? Comment ne pas résister aux charmes de l’actrice principale ? Puis comment ne pas aimer les différents duels et autres combats titanesques du film ?

C’est imparfait certes, mais l’histoire simple se suit avec plaisir, le film se permet quelques envolés humoristiques sympas (parfois relou aussi), puis enfin : Kitamura nous pond un vrai film populaire sans pour autant renoncer à ces délires (bon, on est loin de Versus quand même hein). Kitamura n’hésite pas à expérimenter de nouvelles techniques de réalisation, telle cette caméra rotative (repris dans I Robot d’ailleurs), et il faut bien avouer que le tout est relativement bien emballé, que ce soit par la puissance des coups et des chorégraphies, par les couleurs chatoyantes de la photographie et des décors où encore par un montage vraiment lisible et agréable. Perso, j’aime beaucoup Azumi, et même davantage dans sa version longue, malgré quelques défauts qui gênent : certains personnages se retrouvent soit sur traités, soit aux oublis et le contexte pseudo historico-fictionnel ne fonctionne quasiment pas. Sans chercher trop loin, nous voilà en face d’un vrai film de divertissement de qualité. Par contre pour sa suite, réalisé deux ans plus tard par Kaneko Shusuke, il faudra revenir : sans âme, elle parait bien fade (le film hein, pas Aya Ueto, toujours aussi mimi).  

Puis Sky High arriva, film adapté d’un manga racontant le parcours d’une fille dans le purgatoire et renvoyé sur terre pour se venger de son tueur. Kitamura signe un film assez plat, aux combats étonnement fades et sans réelles saveurs rattrapés par le jeu de la comédienne principale (le sympa Princess Blade : et oui, c’était elle). Mais le film est trop long et pompé par trop de philosophie inutile et surtout inintéressante. On sent que Kitamura se positionne telle un cinéaste plein de question sur la vie, l’existence, le ressenti de ses personnages à l’écran, mais que tout ça se révèle fatiguant à la fin !

 

Puis arriva pour tous les fans de Kaiju et de Godzilla le film à ne pas louper : Godzilla Final Wars. Pour les 50 ans de notre Godzi préféré, Kitamura réuni la plupart de ses potes et potines dans un film hommage à tous les Kaijus. Malheureusement, les fans sont tristes : plein de Kaiju, plein de rampage, mais la magie est inexistante, les humains extra-terrestres font pale figure et le scénario met les monstres aux seconds plans : fatale erreur. Kitamura diverti, réalise quelques belles scènes d’actions, mais il déçoit en définitive. Rolala, un hommage en demi teinte, ce n’est pas top ça. Godzi fût pendant 50 ans, et il nous quitta (mura).

 

C’est tout de même bizarre de voir que d’un film à l’autre, son style si spécifique opéré dans Versus l’Ultime guerrier change, évolue où s’essouffle selon les avis de chacun. Des films qui vont petit à petit entacher le bonhomme, ses maladresses devenant récurrentes au fil du temps, telle une direction d’acteur à la ramasse, une mise en scène semblant de plus en plus transparente et sans recherche (où trop recherchée : on ne sait plus) et bien sûr une incapacité frustrante à réitérer les délires de Versus, où plutôt de faire quelque chose d’autre de réellement consistant (à part un Azumi captivant). Alors que peut-on attendre de Kitamura aujourd’hui ?

 

Lovedeath, toujours pas arrivé chez nous mais qui ne devrait pas tarder, semble plutôt sympa comme en a témoigné le premier Score Asia. Le film nous raconte les déboires d’un couple fuyant un chef Yakuza à la poursuite de son argent volé, le tout à la sauce Kitamura et un peu de sexe (un pistolet godé !). Les premiers échos semblent mitigés à droite à gauche, puis la durée du film fait assez flippée : 2h45 pour un Kitamura. (Au suicide !).

 

Personnellement, c’est du côté de Midnight Meat Train que j’attends Kitamura au tournant  par l’adaptation d’une nouvelle de Mr Clive Barker, maitre de la littérature horrifique (Candyman, Hellraiser and co). Ce dernier nous certifie que ce film sera la meilleure adaptation de ces œuvres et la plus horrifique (source du mag Mad-movies). En vue de la bande annonce excellente et plein de mystère, il se peut qu’il dise vrai le père Barker. Kitamura rejoint par le biais de ce projet le cercle des cinéastes asiatiques expatriés à Hollywood, ces voyages initiatiques ne s’étant pas toujours très bien déroulés pour la plupart d’entre eux (John Woo quoi, à part son Face/off !, WTF ?). Il ne reste plus qu’a attendre la sortie du film dans les salles pour se forger sa propre opinion.

Alors Kitamura, génie où escroc ? Bah euh…. Ça dépend je dirais (par voie de facilité, hihi). J’adore Versus et j’y vois du génie sur le plan formel, tout comme dans un Azumi captivant sur un plan plus globale. Ensuite, je déteste un Alive que je trouve énormément prétentieux pour un rien, dégueulasse formellement parlant et me donnant la gerbe par la capacité de partir d’un rien pour essayer d’en faire ressortir quelque chose.

 

Le cinéma, ce n’est pas de la magie, c’est de l’illusion Kitamura !

 

En tout cas, il ne me laisse pas indifférent, et bizarrement, malgré ses défaites cinématographiques, j’attends toujours avec une certaine impatience ses films …peut être la marque des grands réalisateurs …..Ou pas.  

Et vous, que pensez vous de ce réalisateur ?

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Publié dans Divers

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L
Bonsoir,Je me permets de vous déposer ce commentaire afin de vous demander si, par hasard, vous pourriez me recommander un chouette court métrage asiatique (si possible disponible sur Dailymotion) afin que je puisse le présenter dans mon cinéma virtuel Animaboule.  Merci et j'espère que vous ne jugerez pas cette question trop "cavalière".  Je dois vous avouer ne pas m'y connaître dans ce type de cinéma et je soupçonne qu'il doit y avoir de vrais bijoux :-)  Merci d'avance pour votre réponse.Le Directeur.
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L
<br /> Bonjour,<br /> <br /> Alorsl à, en court métrage asiatique, je ne connais pas grand chose. A part les quelques Kitamura qui ne sont pas superbes (peut à voir : ça dépend des goûts), je n'en connais pas. Pour vous<br /> éclairer, orientez vous vers les forums de cinéma asiatique (Hkmania, Cinémasie, Hkcinémagic,...) et vous trouverez peut être votre bonheur.<br /> Cordialement monsieur le Directeur (comme au collège !!).<br />  <br /> <br /> <br />
O
inutile de développer puisque le nom seul de ce bonhomme est désormais (pour moi) synonyme de "cancritude surestimée de manière hypertrophiée". Le mot "Park Chan-wook" a une signification un peu différente, en Inde ça veut maintenant dire "celui qui enfonce les clous jusqu'au manche de marteau"
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L
<br /> <br /> Je te demande pas la signification des Twins chez les Péruviens....<br /> <br /> <br /> <br />
L
superbe article, je suis justement en train de me faire les Kitamura que j'ai ça tombe bien.Déjà, avant de commencer, Princess Blade c'est mauvais mais sans non plus exagération. Quant à Azumi 2, je suis d'accord avec toi. Le fait est qu'il est plus manga-live que l'opus Kitamura, mais beaucoup moins dans le trip Chanbara moderne, et quelque part Joe Odagiri déchire en méchant psychotique (malgré une prestation plus que moyenne dans Shinobi...).Alive j'avais vraiment aimé, d'ailleurs c'est la force de Kitamura dnas ces adaptations et films d'auteur : il ne les fait pas à moitié, mais on sent qu'il s'emballe sur les films de commande comme Godzi, enfin sans etre adepte des Kaiju j'en ai vu que trop peu.Quant à Sky High, je pense qu'il faut le voir comme complément de la série télé (dorama) partiellement réalisée par Kitamura justement. A vérifier si ça diverge dans le scénario, et s'il s'agit d'un épisode SP ou d'une adaptation à part.En tout cas j'ai vu Aragami récement, j'ai été bluffé. C'est un cas d'école avec des régles simples et le résultat est méritant. Un peu trop lent pour un long metrage, un moyen, coupé de 30min aurait été parfait cependant.Désolé de donné mes avis en vrac.
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L
<br /> <br /> Merci Loky !<br /> Pas de souci, sympa de donner ton avis.<br /> Par contre, je comprend plus trop pour Alive, il n'y a que moi que l'a trouvé énormément pourri ou quoi ? je respecte les goûts des uns et des autres (mais comment vous avez fait ? ;))<br /> m'enfin bon..<br /> yop amigos<br /> <br /> <br /> <br />
G
"Sky High, le film n'est pas désagréable, mais que c'est mou du slip "C'est n"anmoins à mon sens le film le mieux rythmé de Kitamura; peut etre justement parce qu'il est mou du genou tout le long. Un de mes gros reproches sur le style Kitamura c'est le remplissage. Il ne maitrise pas du tout le rythme, et il s'auto plombe continuellement. SkyHigh est pour moi beaucoup plus heterogne sur sa durée.Sinon je voulais juste dire que Azumi 2 ca déchire sa mere, et que ceux qui disent le contraire n'ont rien compris. Kaneko Shusuke a réussi là où Kitamura a foiré : faire un manga live honnete et généreux dans sa connerie.
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L
<br /> A rien compris le lolo alors.<br /> Car Azumi 2, certes moins prétentieux il est vrai, reste pour moi qu'une suite sans âme, €, mise en scène sans réelle saveur (Kitamura a trop de tic relou, l'exemple contraire d'un Kaneko<br /> Shusuke qui n'a aucune personnalité dans sa mise en scène à mes yeux pour Azumi 2). Le divertissement ne divertit que trop peu (bon ça reste passable grâce à quelques scènes sympathiques mais<br /> bon...), puis je n'ai pas été ému par l'histoire d'amour... <br /> <br /> Pour Sky High, je comprends ton point de vue, et en y repensant, c'est vrai que c'est peut être le film le plus hétérogène de Kitamura mais en même temps, je pense que ce n'était pas<br /> si difficile pour lui d'améliorer ça. Tous ces films ont des longueurs hallucinantes...parfaite pour les pauses caca (et pas pipi hein).<br /> <br /> <br />
E
Guillaume il est pas objectif, il en veut à Kitamura d'avoir saboté Godzilla (et entre nous je suis plutôt d'accord avec lui, autant j'étais tout joisse avec les monstres en caoutchouc autant l'intrigue avec les humains, beurk).Je suis pas objectif non plus, car Versus c'est trop classe sa maman et y a des zombies dedans !!! Donc oué, j'aime Kitamura. Faut dire que j'aime volontiers le cinoche de poseur, pour peu qu'il m'en donne à grignoter (en l'occurence, les films de Kitamura sont plein de petites idées chouettes).Après faut dire ce qui est, il est bien irrégulier. Contrairement à toi j'ai bien aimé Alive, mais c'est Aragami qui m'a fait chier comme un rat mort.
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L
<br /> Les choses changent, les médecins sont formels, un Kitamura est bien plus puissant et sans risque qu'un Lexomil ! Deux films aux choix en plus, c'est parfait .<br /> Pus bien sûr que Versus ça déchire sa maman, et sa version up-grade est encore plus top (et plus incohérente aussi : ahaha).<br /> <br /> <br />