Visitor Q
Réalisateur : Takeshi Miike
Cast : Kenichi Endo, Shungiku Uchida, Kazuchi Watanabe, Shoka Nakahara
Durée : 85 min
Origine : Japon
Année : 2001
Genre : Drame Famillial tordu
Takeshi Miike, on le connaît surtout pour ses films tordus, de Gozu en passant par sa trilogie Dead or Alive ou encore Ichii The Killer ; Visitor Q ne démarque pas à la règle et propose un postulat bien bizarre encore. Après avoir visionné un tel film, on se demande réellement dans quel monde on vit ! La liberté d’expression n’a plus de limite, c’est un fait !
Ce film nous raconte donc le quotidien d’une famille tout sauf modèle. Ah ces images de famille parfaite nous parcourant la pensée, avec ce beau jardin, ces parents en bonnes situations, ces enfants s’amusant avec le chien dans le jardin vert de gazon ! Dans Visitor Q, la famille se dirige plutôt dans le morbide, le père (voir photo 1) commet l’inceste avec sa fille qui se prostitue, la mère se drogue et se prostitue, le fils tabasse sa mère violemment qui se fait lui-même maltraité par ses camarades de classe. Il n’y aucun rapport normal entre les différents membres de la famille, on est en face d’une désequilibre complet, d’un pur chaos familial. Mais un visiteur (voir photo 2) va s’immiscé, va s’invité de lui-même dans la famille et va petit à petit changer les choses, de manières très bizarre (le contraire nous aurait étonné de la part de Miike !), mais l’équilibre va petit à petit venir à l’aide de cette famille.
Visitor Q est lourd, très lourd à regarder. On a le droit à une succession de scène des plus malsaines. Le film commence par ainsi dire avec un quadragénaire entrain d’interviewer une jeune fille majeure. Cette dernière est une prostituée et commence à séduire notre caméraman, et ils finiront par fusionner, m’enfin rien de bien transcendant jusqu’à là ; mais c’est après que l’on découvre que l’homme en question n’est autre que le père de la fille. Et là, on se sent tout de suite mal à l’aise. Quand le fils tabasse sa mère, on a très mal pour elle, les bruitages sont horribles, tout comme les cris, et les marques sur son corps sont d’un réalisme assez cru. On pourra citer de nombreuses scènes du même acabit, notamment les humiliations subi par le fils (voir photo 3, plan subliminal dont seul Miike a le secret). Quiconque connaît un minimum de conscience sera forcement choqué devant le dégoût que provoque certaine scène.
Mais malgré tout ce qui a été cité en amont, Miike incorpore un peu d’humour ultra noir avec des citations made in Miike, puis les dernières vingt minutes assez fantaisistes malgré la gravité des faits permet de relâcher un peu cette tension. On a ainsi le droit à une longue scène de nécrophilie très bizarre, ce qui se passe devant nos yeux est très grave, mais le ton plutôt léger génère une sensation très étrange, j’ai eu envie de rire, mais je n’y arrivai pas, m’enfin, c’est du Takeshi Miike tout craché! Le bonhomme arrive tout de même à faire des choses bizarres avec sa caméra, il fait joujou avec notre esprit comme un marionnettiste, notre conscience et sa partie la plus sombre n’à belle et bien plus de secret pour Miike.
On s’en pose des questions pendant le visionnage d’un tel film, car de nombreuses métaphores sont présentes toute au long de ce dernier. Je vais essayer de faire simple car je n’ai certainement pas le recul nécessaire pour en écrire des tonnes, mais Visitor Q doit bien faire partie des films tirant d’une certaine façon la sonnette d’alarme sur un certain malaise du Japon d’aujourd’hui, sur ses valeurs familiales et autres suicides forts élevées. Doit t’on comprendre en Visitor Q un film sur la perte des valeurs familiales, peut être. Mais doit on se noyer dans un lait maternel (voir photo 4) tout frais pour comprendre ce qu’est le respect que l’on doit avoir pour papa et maman, doit on tuer quelques ados inconscients pour retrouver une semblant de sérénité, certainement pas. Il faut donc absolument pas prendre Visitor Q au premier degré au risque de perdre la tête, et pas non plus comme un film prétentieux. Miike enchaîne juste les situations les plus morbides en saupoudrant par ci par là un peu d’humour et quelques métaphore bien senti.
Ce film étant tourné en DV, il ne faut pas s’attendre à une claque visuelle, mais à un exercice fleuretant avec le cinéma amateur. Le film s’avère plutôt agréable à regarder en générale donc pas de souci même si le montage s’avère parfois très étrange.
Sinon, je trouve que ce film est à voir seulement par curiosité et pour vivre une expérience unique, mais ne constitue en aucun cas un chez d’œuvre. Ce film est assez chiant, car soit trop abusé, soit trop extrême où soit trop lent, et l’accumulation de toute cette violence mentale finie d’ ailleurs par lasser. On a parfois l’impression que Miike filme pour choquer tout simplement, et pas pour faire ricocher le caillou ni notre réflexion (où c’est peut être ma perception qui est trop limitée, voir trop primitive). Heureusement que l’humour est un plus présent sur la fin. D’ailleurs, le petit massacre de fin est un pur joyau, avec un père aussi bon qu’un boucher dans la découpe de viande et une mère à la visé magistrale (voir photo 5 et 6). Mais n’empêche, ce film est un peu trop démonstratif dans le mauvais sens du terme, et l’impression générale qui en ressort est donc légèrement négative.
Si vous voulez vivre une expérience unique et morbide, sans se prendre la tête, ce film est un pur joyau.
Perso, je suis content de l’avoir vu, mais ça en reste là, et Visitor Q constitue un Miike vraiment pas top.
Note : 4,5/10